Biophysique Asémique – 11 paragraphes typographiques

Biophysique Asémique, LN 2021, ISBN 979-8768454739 [Asemic-Concrete-Fr]
buy: amazon.com | .fr • read: archive | behance

[1] On dit souvent que les conditions pour la genèse des mots vivants et l’évolution de l’écriture sont à considérer en tant qu’une partie de l’évolution de l’univers. L’établissement d’un code a posé le problème du développement de la vie et de l’écriture. Le code asémique a un sens biophysique et moléculaire. La structure primaire d’un mot est codée génétiquement.

[2] L’écriture est une sorte d’usine. L’univers est sa première et dernière demeure. L’atmosphère contemporaine de la Terre renferme une grande quantité de molécules et de mots. On n’a pas encore la possibilité de créer expérimentalement un système d’écriture vivant, mais l’écriture est presque une qualité.

[3] Le problème principal est celui de la formation d’une structure ordonnée à partir du chaos initial : c’est le problème de la création d’information. L’apparition d’un ordre et son maintien sont possibles dans un système ouvert se trouvant loin de l’équilibre. Les critères d’adaptation sont tout à fait objectifs. Ils sont déterminés par les conditions du milieu. Il est difficile d’imaginer une auto-organisation fortuite du chaos avec déclenchement d’une évolution irréversible.

[4] Le jeu de promenade désordonnée simule le comportement intermédiaire entre le stable et l’instable. L’information créée dans la moindre cellule du corps, à force de chercher des traces, reste dans le système, soumise aux mystères du mouvement des mots.

[5] L’écriture consiste en accroissement de l’indépendance du mot par rapport à son entourage et de telle manière que l’écrit naisse naturellement. Les mutations se produisent soit de façon spontanée, soit sous l’effet de facteurs extérieurs. On peut voir diminuer le volume de l’information disponible. Le principe fondamental peut bien être non pas celui de l’accroissement de la complexité, mais celui de l’accroissement de l’irremplaçabilité de l’information d’un mot à l’autre, dans le développement.

[6] La réception du message suppose l’étude de l’acte même de la réception en tant que processus irréversible et déséquilibré de transition du système récepteur d’un état moins stable à un état plus stable. L’espace des phases d’un système comporte des régions stables et instables, des bois avec des choses très claires en plein jour. Ces dernières sont traversées par des séparatrices. Aux régions stables correspond l’information, aux instables, l’entropie.

[7] L’univers entier, la Terre, la biosphère, l’homme dans son activité créatrice sont autant de systèmes créant de l’information et qui tournent d’une façon plus ou moins rapide. À la limite du son pur, l’écriture file entre les mots, qui sont les plus gros fragments, les feuilles de l’arbre de l’écriture. Chaque feuille signifie certainement quelque chose.

[8] La formation des espèces et des mots qui se réalise par divergence, par désir de perception nette, implique la création d’information nouvelle. C’est alors que le mot se présente face à une chose, comme une goutte d’encre face à une feuille.

[9] La question posée concerne l’étude expérimentale et théorique. L’écriture est un geste simple qui se répète mot par mot. D’abord les mots se dirigent en quelque sens. L’éclairage rend la membrane plus perméable : elle retient la matière dissoute et de nombreux blocs plus petits moins efficacement que la membrane adaptée à l’obscurité. La traduction du texte polynucléotidique des ADN et des ARNm en texte poétique s’effectue dans des chaînes obscures polyribonucléotidiques. Le texte fait leur perfection. Il est sensible au moindre changement de l’écriture et a des effets en dehors de cette action.

[10] Dans le silence qui entoure les cellules et les mots, chaque mot est une petite chose. Il existe une analogie poussée entre le mouvement brownien d’une particule et le mouvement d’un mot. La chaîne de l’écriture est une naissance irrémédiable, une reproduction à des millions d’exemplaires par seconde.

[11] Le mot entre et sort de lui-même à l’intersection de l’écriture pour la définir. Le mot pressé de vivre est composé de sous-unités qui ne se séparent, lorsqu’on diminue la concentration en encre. Le mot est observable à l’aide d’un microscope électronique sous l’aspect de gouttes d’encre, de granules arrondis.